lundi 14 mai 2012

Le changement, ça va pas se faire tout seul


Il aurait été dommage de ne pas céder, le soir du samedi 6 mai, à l'agréable vague d'euphorie justifiée par les résultats. Les klaxons résonnent, les lamentations les plus ridicules des perdants sont relevées par la presse (mention spéciale à Mme Joissains-Massini), La Parisienne Libérée chante le bonheur de ce changement alors que Jean-Luc Mélenchon résume on ne peut mieux la situation («On l'a viré. Ouf, Sarkozy, c'est fini!»). 5 ans de Sarkozy ministre et en campagne intensive, suivis de 5 ans de Sarkozy à la tête de l'Etat, c'est énorme, et c'est amplifié par son tempérament très agité et son amour de la caméra (enfin, de la caméra docile)... un tel poids, accumulé pendant si longtemps, supprimé officiellement à 20h01, ça ne peut que donner l'impression de s'envoler. Et en plus, c'est pendant au moins 5 ans qu'on ne l'entendra plus, en tout cas pas depuis une position de pouvoir.


Mais si l'euphorie, pour toutes ces raisons, est irrésistible, la France n'est pas pour autant devenue l'Île aux enfants, nous sommes toujours dans le monde réel. Même si François Hollande et son équipe donnent satisfaction aux espoirs placés en lui, des plus accessibles (respecter tous les citoyens, ce que Nicolas Sarkozy se dispensait bien de faire même dans le discours, se préoccuper de l'insécurité pour de vrai, ...) au plus techniquement difficile (revaloriser le pouvoir d'achat des plus démunis et pourquoi pas, soyons fous, des autres aussi, réparer les violents dégâts infligés au système scolaire, …), il manque de crédibilité sur divers points. République irréprochable, alors que le PS est concerné par de nombreuses affaires de corruption? Donner un rôle important à Manuel Valls, qui semble s'être trompé de parti politique? Prétendre ne pas diviser les Français, après avoir décrété sur un plateau télé « je n'aime pas les riches » , alors que d'une part c'est une drôle d'idée de lier la valeur morale au volume du compte bancaire, d'autre part il pourrait être plus constructif d'expliquer aux « riches » les moins altruistes que même s'ils auront toujours les moyens de se payer mutuelle ou école privée, tant pis si les autres crèvent, il va être difficile d'inventer une police privée, des pompiers privés, des tribunaux privés, donc qu'ils ont tout intérêt à participer à la solidarité nationale? Ne pas se prononcer fermement contre des conditions d'incarcération qui effraient les associations défendant les Droit de l'Homme? Je compte sur la presse, en particulier sur la presse de gauche, pour mettre fermement l'équipe gouvernementale face aux contradictions actuelles et à venir, de façon à la tirer vers le haut.


L'inquiétant, cependant, ne vient pas de la gauche. Nicolas Sarkozy a certes été délesté du pouvoir, mais son score est incroyablement élevé. Malgré son bilan affligeant (« affaires » auquelles il refuse de répondre, hôpitaux, commissariats et écoles vidés, augmentation du chômage), le fait qu'aucun candidat éliminé au 1er tour ne le soutienne, et ses prises de position d'extrême-droite de plus en plus explicites (ce qui force presque l'admiration, tant elle étaient déjà explicites en 2007), il a recueilli plus de 48% des suffrages. C'est le troisième point qui m'a poussé à poster à nouveau sur ce blog quasi abandonné : où est passé le sursaut républicain de 2002, où 80% des électeurs avaient adressé un « non » tonitruant à Le Pen? Le seul candidat de droite modérée (François Bayrou) n'a recueilli que 9% des voix (qu'on n'aille pas dire que celui qui propose un « contrat unique » plus précaire encore qu'un CDD n'est pas un candidat de droite). Pire, ceux qui n'ont pas obtenu les fameuses 500 signatures (sauf Villepin, pour hostilité légendaire... et encore il a donné des signes d'hésitation!) se sont ralliés à lui, comme si ses idées étaient normales, tolérables. Certes de faibles voix se sont élevées à l'UMP, après la bataille, contre ces dérives, mais c'est plutôt hypocrite : lesdites dérives se sont accentuées (avec, en point final spectaculaire, des agressions de journalistes cautionnées), mais ça fait 10 ans que Nicolas Sarkozy (dont la communication est assistée par l'ancien rédac chef de Minute, au passage trop grassement rémunéré d'après la Cour des Comptes) fait du Le Pen en crescendo (on n'ose imaginer à quoi ça aurait abouti, à ce rythme là, dans 5 ans de plus).


Piétinant les principes gravés dans le marbre de liberté, d'égalité et de fraternité, et même la Constitution (« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »), voilà un enfant d'immigré bien mal intégré, il est décidément spécialiste pour incarner ce qu'il dénonce. Mais ni l'origine ni la nationalité de Nicolas Sarkozy ne sont importantes, ce sont à des principes qui ont vocation à être universels qu'il s'oppose. La démocratie est dans l'intérêt de tous, l'une de ses composantes est la séparation des pouvoirs, il est donc intolérable qu'il ait nommé directement des responsables de médias publics, cautionné jusqu'à l'agression de journalistes soi-disant hostiles (une journaliste agressée physiquement était quand même une ancienne élue UMP!), critiqué des décisions de justice. L'insécurité venant de la police est un contresens, il est donc intolérable que sous son pouvoir des manifestants non-violents aient perdu la vision d'un œil suite à un tir de flashball, que des violences policières aient été cautionnées par un Ministre de l'Intérieur, que des contrôles au faciès soient encouragés et légitiment pour une raison inconnue des incivilités (un élu, qui avait le malheur de ne pas avoir la bonne couleur de peau et de ne pas s'habiller en costume, a plusieurs fois été invité à ne pas « faire le beau » quand il a exigé que s'il y avait tutoiement il devait être réciproque). Il est intolérable qu'un représentant de l'Etat monte les citoyens les uns contre les autres, désignant des cibles faciles (Musulmans, Roms, voire chômeurs) en leur inventant les pires caractéristiques. Bien sûr les valeurs les plus conservatrices de l'islamisme (haine du mécréant, soumission de la femme, antisémitisme, violence comme moyen d'expression légitime) doivent être combattues vigoureusement (je ne vais pas dire le contraire, ce sont des valeurs d'extrême-droite!), mais peu de Musulmans les partagent, on ne peut certainement pas accuser toute une communauté religieuse en leur nom, en particulier quand on cautionne les valeurs les plus conservatrices du catholicisme en traitant les homosexuels d'animaux ou en se prononçant contre l'euthanasie, qui n'est autre que le droit de ne plus endurer quotidiennement des souffrances inimaginables. Bien sûr la délinquance Rom n'est pas moins gênante que les autres délinquances, mais rien ne justifie de stigmatiser les Roms qui respectent la loi (à priori leur casier judiciaire n'est pas imprimé sur leur visage) et, dans ce domaine comme dans tous les autres, la haine est contre-productive, de vraies mesures d'intégration (éducation, accès à l'emploi et à un logement décent) ne peuvent qu'être plus efficaces qu'une invitation à regarder les gens de travers. Bien sûr, si les aides sociales sont là pour permettre à tous d'avoir un niveau de vie au moins décent en toutes circonstances, la complaisance à voir d'autres travailler pour soi est immorale, mais comment distinguer les « assistés » des chômeurs contraints avec le taux de chômage actuel?


Le sursaut citoyen n'a pas eu lieu. Si le FN a été vigoureusement rejeté en 2002, une part importante de ses idées est aujourd'hui acceptée. Comme le FN auparavant, l'UMP désigne un coupable qu'il devient légitime d'insulter officiellement et parfois d'handicaper ou de tuer. Comme le FN auparavant, l'UMP s'invente un statut de rebelle, de martyr, alors que ses propos contraire aux principes de la République Française peuvent être tenus régulièrement et, sauf exception, impunément. Et ce, alors qu'on vient d'avoir 5 ans pour constater que cette politique était en plus inefficace. Si on peut donc pleinement se réjouir du changement à la tête de l'Etat, il est vital que François Hollande et ses alliés, mais aussi l'opposition, profitent de ce bol d'air d'au moins 5 ans pour ramener le peuple français vers la démocratie, vers le respect non-négociable de l'individu. Le changement, ce serait surtout ça, et c'est urgent.

jeudi 31 décembre 2009

Quelques mots d’un « bon français »


Eric Besson, notre ministre des expulsions, peut-être déçu que notre Président ne soit plus aussi inspiré pour les commentaires xénophobes que pendant sa première campagne électorale, a invité 60 millions de personnes à l’imiter en demandant à ses compatriotes ce qu’était être Français. Je me permets de donner une tentative de réponse, et j’espère qu’Hortefeux ne m’en voudra pas si le post venait à manquer d‘humour (mais comme sur ce blog on ne peut pas dire que je fais beaucoup de posts, ça ne devrait pas poser de problèmes).

La réponse la plus tentante, comme l’indique le nom du blog, serait d’insister sur le fait que la France est le pays des droits de l’Homme, ce qui est plutôt cohérent avec l’idée d’humanisme, de compassion, … Liberté, égalité et fraternité, c’est un peu contraire à l’idée de renvoyer des Afghans chez eux, de tirer au flashball sur des manifestants, … Mais l’argument est facile à renverser, et d’ailleurs un certain borgne spécialiste autoproclamé de longue date du sujet de l’identité nationale ne donnerait pas la même version. En effet, je ne fais que donner des exemples, et on pourrait en choisir d’autres. La France était par exemple un pays colonisateur, donc en suivant se raisonnement on pourrait s’empresser de promouvoir une tradition de racisme. Et si on se souvient plus facilement et plus volontiers que De Gaulle (et Guy Moquet) ont pourfendu la bête nazie, faut-il rappeler que des juifs ont été déportés, des résistants et leurs proches torturés et massacrés sous le drapeau français? Déduire les valeurs d’un pays de son Histoire n’est donc pas nécessairement pertinent, et puis si la France n’avait pas créé les droits de l’Homme, aurait-ce été une raison pour ne pas les intégrer à la culture française? Heureusement que non!!!!!

Alors que répondre, si on a du temps à perdre, à ce cher ministre (à part que c’est inadmissible de porter une casquette à l’envers et parler en verlan)? Par exemple, qu’est-ce qui fait que moi qui suis né en France et vis depuis 24 ans sur le sol français, je suis Français? Parce que je parle français? Je parle anglais aussi, est-ce que je suis Anglais? Parce que je sais de quoi il s’agit quand j’entends Et-un-et-deux-et-trois-zéro ou 14 juillet 1789, que je connais quelques vers de la Marseillaise? Ce ne sera pas le cas pour ma fille qui va naître en juin, j’espère que ça ne lui vaudra pas un aller simple forcé au Mali ou en Afghanistan!

Car l’enjeu implicite du débat, c’est quand même ça. Celui qui a la nationalité dès le départ n’a rien à prouver, c’est celui qui vient de l’extérieur, probablement dans l’unique but de piller nos aides sociales, manger notre pain (et nos enfants) et voler nos emplois (ce qui impliquerait au passage qu’il paye des impôts donc participe aux aides sociales qui viennent d’être mentionnées, mais on ne va pas chipoter) qui est suspect et doit mériter son intégration. Autant répondre directement et explicitement à cette question implicite. Quel est le devoir de l‘étranger qui vit sur le sol français(en plus, dans l‘immédiat, de supporter les insultes du gouvernement)?

Pourquoi pas respecter la loi? Voilà qui évite le relativisme culturel absolu, et qui a le mérite de poser des limites claires. Interdire l’excision sur une personne non consentante non pas parce qu’on aime pas la religion musulmane, mais parce que cette violence est illégale. Bonne nouvelle pour Chirac, même le bruit et l’odeur ont un degré de tolérance défini! Et ce qui est merveilleux avec ce critère, c’est que la loi a été faite pour les Français! Ce serait tellement beau si ça pouvait ne pas bouger, si les textes pouvaient rester dans le général et non, contrairement à nos voisins suisses avec les minarets, concerner des exemples particuliers, ce qui n‘est pas si cohérent (qu‘est-ce que les minarets ont de si particulier qui fait que seul ce type de bâtiment dérange?). Discuter de l’interdiction de la burqa, c’est un bon argument électoral, les défenseurs des droits des femmes comme ceux qui n’aiment pas trop les musulmans ou les pratiques religieuses trop extrêmes vont être pour, et ce ne sont pas nécessairement les mêmes. Mais prendre plus de mesures contre la violence conjugale, est-ce que ce n’est pas une meilleure idée, même si elle a le terrible inconvénient d’être moins rentable électoralement? Si on en croit les statistiques rappelées une fois par an lors de la journée de la femme et oubliées la semaine suivante, ça ferait bien plus de sauvetages!

Etre blanc et parler sans accent, n’en déplaise à ceux qui sont incapables de dédramatiser l’immigration et qui s’accrochent aux clichés faciles qui concernent bien peu de cas réels, ce n’est pas nécessaire pour apporter quelque chose à la France, que ce soit culturellement ou même économiquement. En revanche, quel que soit ce qu’on intègre (un pays, un club de sport, une religion, une salle de cinéma, n’importe quoi d’autre, …), il est important d’en respecter les règles. Et des règles ne sont dignes de ce nom que si elles sont les mêmes pour tous.

mardi 10 mars 2009

La Vague


Le blog continue à devenir une rubrique cinéma... cette fois-ci avec le film allemand (tiré d'un fait réel) La Vague. L'histoire qui nous est racontée ici est celle d'un prof d'éducation civique qui contre son gré anime un atelier (semaine thématique) sur l'autocratie, lui et les élèves se prennent au jeu plus que prévu et ça se termine mal. D'après l'affiche et la bande-annonce, l'objet est de nous avertir que les chants des sirènes de la dictature peuvent encore séduire, malgré notre connaissance du passé.

Pour ceux qui ont raté affiche et bande-annonce, le film s'empressera de rattraper ce retard avec en l'espace de dix minutes des élèves qui disent que la dictature en Allemagne ça ne risque plus d'arriver, puis qui presque dans les secondes qui suivent se prennent avec plaisir au jeu de la discipline, du respect du leader, ... Le départ est peut-être un peu rapide, mais le degré de fanatisme avancera progressivement et différemment selon les élèves. Sont bien mis en valeur les vides que ce type de fonctionnement viendra combler (incertitude sur l'avenir politique et économique mentionnés explicitement quand le cours n'est pas encore passé aux travaux pratiques, angoisses personnelles diverses, besoin d'appartenir à un groupe, voire même trop plein de liberté), crédibilisés par le fait que le film est tiré d'une histoire vraie.

Le message est toutefois moins spécifique que ce à quoi on aurait pu s'attendre. L'affiche rappelant l'esthétique nazie (brassard, salut, mise en évidence du leader et de l'importance de la foule, ...), le fait de déplacer l'histoire en Allemagne qui a un lourd passé à assumer (les Etats-Unis aussi cela-dit, mais c'est bien moins récent), il semble clair que l'avertissement va concerner la possibilité d'un retour du nazisme ou régime équivalent. Pourtant, l'uniforme, le salut, le "logo", le règlement n'ont rien de particulièrement spécifique, on assiste simplement à la formation d'un groupe. Certes, on constate que le nombre d'éléments représentatifs du groupe va renforcer le sentiment d'appartenance de ses membres (par conséquent le rejet des autres), mais rien qui ne rappelle la dictature en particulier. Les bagarres contre les anarchistes rappellent les violents et absurdes affrontements entre hooligans, le tag géant peut faire penser aux actions hors-la-loi de Greenpeace... Le propos est justifié, le groupe est un élément séducteur, en particulier pour celui qui se sent perdu (secte, extrémisme religieux, ...) et qui peut facilement devenir dangereux (bizutage, affrontement de bandes, voire même le sinistre exemple des tournantes), une arme non négligeable pour un dictateur, mais on s'éloigne de l'élément affiché un peu partour dans la promotion du film.

On peut aussi parfois reprocher un manque de crédibilité... ennuyeux pour un sujet aussi provocateur ("vous ne le savez pas mais demain vous pourriez voter Hitler"). L'enseignant un peu anarchiste qui, dépassé par les évènements, se prend au jeu de l'adoration de ses élèves sans prendre la moindre distance, comme s'il découvrait l'aspect séducteur du régime autoritaire alors que c'est précisément ce qu'il était supposé avoir voulu démontrer. Difficile de croire qu'un prof qui a un autocollant anti-Bush sur sa boîte aux lettres, qui participe souvent à des manifestations et qui arrive au lycée en écoutant et chantant de la musique rock à fond n'ait aucune méfiance quand il voit fonctionner un peu trop bien le groupe qu'il a mis en place supposé représenter le mal absolu.

Mais le plus grand mérite du film sera justement de critiquer cette représentation du nazisme comme le mal absolu, au point que ce régime qui a provoqué une guerre mondiale et tué 6 millions de personnes dans des camps il y a seulement 60 ans n'apparaisse comme une notion abstraite. Bien qu'on parle de devoir de mémoire, on peut douter qu'il soit bien utile de se souvenir sans comprendre, et on peut se demander si, à force de surenchère de rabâchage et d'images si terribles qu'elles paraissent surréalistes, le terme "devoir" ne risque pas d'être vu au sens péjoratif du terme, comme un devoir scolaire qu'on rend sans enthousiasme pour être en règle avec l'institution. Ne serait-il pas possible de mettre en place une façon plus concrète (bien entendue plus contrôlée que dans le film!) la mise en garde contre ce qui s'est passé, et qui devient plus abstrait au fur et à mesure que le temps passe?

dimanche 7 décembre 2008

Agathe Cléry


Le blog est en train de se transformer en chronique de cinéma (et encore, avec un film tous les trois mois...). Il faut croire que ce qui se passe dans les salles est plus intéressant que ce qui se passe dans les urnes.
Le film d'Etienne Chatiliez ne deviendra pourtant pas un monument dans l'histoire du cinéma. Il s'est d'ailleurs fait lapider par les critiques, si l'on en croit la revue de presse d'allocine. L'aspect comédie musicale peut agacer (même si la chanson où il est expliqué pendant plusieurs minutes qu'Agathe Cléry n'est pas raciste, même si... est un des meilleurs moments du film, rappelant cette manie qu'ont les racistes de nier leur intolérance et de la démontrer en même temps -même Le Pen n'est pas raciste, il l'a dit, la preuve, il a un cuisinier noir-), le film peut paraître longuet (1h52 pour une histoire qui tient en 3 phrases forcément ce n'est pas évident) et on n'échappe pas au happy end de convenance.
Le réalisateur de Tanguy et La Vie est un long Fleuve tranquille nous donne pourtant une bonne raison d'aller au cinéma. Pour commencer, les critiques déçus peuvent se retenir de rire et de sourire si ça leur fait plaisir, mais le film est une bonne comédie. Mais surtout, le propos du film, contrairement à l'intrigue, ne tient pas en trois phrases. La liste (certes laborieuse, on s'ennuie un peu) des désagréments subis par Agathe, manques de respect de différentes ampleurs et conséquences, permet de mesurer le poids que peut peser un excès de mélanine quand on est entouré de crétins. C'est certes un peu facile, mais ça montre une réalité (qui n'a jamais entendu l'anecdote du changement d'expression de l'employeur ou du propriétaire qui se rend compte en le voyant que son interlocuteur fait moins Français que son nom ne le laissait supposer?). La bêtise, ça peut être grave, surtout quand on trouve ça normal. Mais l'intelligence du film consistera surtout à blâmer aussi le communautarisme, avec qui le racisme forme un triste cercle vicieux. Je n'en dis pas plus, surtout que ce film sera plus facile à voir que Martyrs!

mercredi 3 septembre 2008

Martyrs


Ce film de Pascal Laugier, qui a du batailler pour éviter une interdiction aux moins de 18 ans normalement illégale (cette interdiction est réservée aux films pornographiques), sort aujourd'hui dans les salles (mais pas dans les salles UGC, qui ont trop peur du "public à cagoules" depuis les dégâts matériels pendant les projections de Saw 3). J'ai eu la chance de le voir en avant-première (pour l'anecdote le "public à cagoules" avait oublié de venir... mais peu importe).

Pas évident de parler du film et de son éventuel rapport avec le blog sans trop dévoiler l'intrigue, mais l'entretien post-projection avec le réalisateur ne laisse aucun doute sur son hostilité à la droite dure, l'intolérance, ... La violence de Martyrs (on peut être à peu près sûr que, comme pour Salo ou Calvaire, les bonus du DVD parleront des gens qui sont sortis de la salle pendant les projections) confirme d'ailleurs ses propos en faveur d'un cinéma d'horreur engagé et provocateur (provocateur y compris envers les fans).

En contraignant le spectateur à subir une telle violence, on peut se demander si le réalisateur ne le contraint pas à assumer le fait qu'il vive dans une société violente (en y contribuant éventuellement par son bulletin de vote). En montrant un personnage dont on nie ce qu'elle a vécu malgré des preuves matérielles, on peut se demander si le réalisateur ne s'attaque pas au révisionnisme. Ces interprétations sont discutables, et difficile de les démontrer sans révéler énormément de choses de l'intrigue. Je ne peux donc que vous inviter à aller au cinéma...

mercredi 27 août 2008

Les voix du devoir de mémoire


Sarkozy s'est récemment fait un devoir de réparer une "faute morale" de la France, en participant à une cérémonie de commémoration du massacre des villageois de Maillé par des nazis. Voilà notre président soudain préoccupé par le "souvenir des victimes", et même par la "douleur des survivants"! Pour un peu on pourrait presque penser qu'il aurait la volonté de réparer sa propre faute morale d'avoir, peu finement, attiré l'électorat du Front National, parti politique qui a, parmi ses nombreux défauts, celui d'être ouvertement révisionniste, en tout cas de ne pas avoir le moindre respect pour le devoir de mémoire.

Mais notre président ne va pas s'éloigner comme ça du parti qui a involontairement contribué à sa prise de pouvoir... il est là pour s'adresser à la douleur des gens, et surtout pas à leur raison. Et il le prouve en évoquant à cette occasion, pour une raison connue de lui seul (quel est le rapport?!?), la mort au front des soldats français en Afghanistan. Il était venu parler des civils massacrés de Maillé, il évoque le "sacrifice de nos dix jeunes soldats". Il était venu parler des nazis, il évoque "ces barbares moyenâgeux, ces terroristes que nous combattons en Afghanistan". Il ne faut par oublier que dans l'univers particulier de Nicolas Sarkozy, il importe de toujours rappeler que les Arabes sont méchants.

Non content de faire une transition qui n'a pas grand chose à voir avec le sujet original du discours, il commet une absurdité supplémentaire avec le terme de "barbare moyenâgeux", qui laisserait presque croire que les soldats français ont été tué avec des haches, des arcs et des flèches par des hommes des cavernes vêtus de peaux de bêtes. Passons sur le terme "barbare", raciste par définition, on sait depuis longtemps que ceci est loin de faire reculer le personnage... Faudrait-il le contraindre à ouvrir un livre d'Histoire (au lieu d'écouter le dernier CD de Carla Bruni?) pour lui rappeler que si le moyen-âge a été une époque de guerre religieuse, nottament avec les Croisades, c'est aussi une période à laquelle la civilisation arabe a grandement contribué à faire avancer la civilisation occidentale dans de nombreux domaines (mathématiques -invention du zéro quand même!-, philosophie grâce à la traduction des textes grecs, ...)? Faudrait-il, aussi, lui rappeler que le décès de ces soldats était en grande partie dû à une mauvaise organisation de l'armée française (renforts qui tardent à arriver, ...)?

Mais, on l'a dit, Sarkozy était à Maillé pour s'adresser à la douleur des gens et non à leur raison. C'est ainsi qu'il a pu se permettre de profiter de deuils légitimes (deuil pour les victimes du massacre, deuil des soldats tombés sur le champ de bataille) pour asséner de nouveaux raccourcis racistes, contradictoires avec le devoir de mémoire qu'il était normalement venu défendre.

samedi 2 août 2008

Messieurs les quotas


Alors que Brice Hortefeux démontrait il y a quelques temps qu'il était un martyr incompris occupé à sauver la France tout en se préoccupant des conditions dans lesquelles il faisait escorter les gens chez eux (s'indignant au passage des protestations contre sa politique de quotas: comment en effet pouvait-on reprocher à quelqu'un de vouloir être efficace?), Le Monde, dans un article consacré à une association de Bamako (l'AME) qui aide selon ses moyens les Maliens expulsés de France, évoque les conditions dans lesquelles Babacar a été invité à retourner dans son pays d'origine.

On pourra au passage s'étonner qu'un homme de 26 ans (il en a passé 16 en France... durée certes négligeable comparée aux 80 années pendant lesquelles le Mali faisait partie de la France, mais certains originaux seraient capables de penser que ça le rend autant Français que Malien) qui a famille et emploi soit un si grand poids pour notre pays qu'il faille l'en expulser d'urgence, mais la procédure d'"éloignement" en elle-même est plus préoccupante encore.

Le dangereux personnage a en effet, selon l'article, été escorté à Bamako "menotté, baillonné, les jambes attachées avec de l'adhésif". Du scotch payé avec nos impôts! Comme si ça ne suffisait pas de financer son billet d'avion! Ce père de famille a bien mérité ses entorses (cheville et poignet) ainsi que les coups et insultes des policiers (filmés par une hôtesse de l'air) qui n'étaient d'ailleurs même pas gratuits (il avait osé demander à voir le laisser-passer nécessaire pour l'expulsion! il n'est même pas français et demande à ce qu'on respecte la loi française!) . Heureusement qu'on vit depuis 2007 dans un Etat efficace: on aura pu le ramener chez lui avant qu'une suite ait été donnée à sa plainte portée contre les gardiens de la paix.

Rien ne prouve certes que toutes les expulsions se passent comme ceci, ni même que les policiers coupables n'aient pas été sanctionnés. Le cas de Babacar est peut-être exceptionnel. Celà ne donne malgré tout pas envie d'être à la place de ces gens qui n'existent pas. Leurs voix et leurs droits sont limités d'une part parce qu'on ne leur prête aucune légitimité d'être sur le territoire sur lequel on les maltraite, et d'autre part parce qu'on compatit plus facilement pour des êtres humains que pour une fraction d'un quota. Faire du chiffre implique sans doutes une volonté d'être efficace, mais n'implique à ma connaissance aucune volonté d'être humain.

Je me permets donc de demander à ceux qui nous dirigent de bien vouloir sauver l'humanité, voire le respect de la loi, avant de sauver la France.